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Alexis :
8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 17:53

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Nous étions quelque part dans Damas sur la route en direction de La Palmyre lorsque le voyant de la réserve s'est allumé. Nous savions que c'était mauvais signe car les problèmes de démarrage étaient liés aux dépôts au fond du réservoir qui passent dans le moteur lorsque celui-ci est presque vide. Une longue quête débuta, pas une station service à l'horizon, nous devions absolument trouver quelques litres de benzine au plus vite. Plus nous roulions, plus nos chances d'en trouver une s'estompaient. Après une demi-heure, fatigués de guetter tout ce qui pouvait ressembler à des pompes, pleins de sueur à cause du stress et de la chaleur et prêts à abandonner, nous avons enfin aperçu au loin notre salvatrice. Ce n'était pas un mirage, nous étions encore en ville, et avons dépensé toutes nos livres syriennes pour abreuver notre monstre.

Remis de toutes ces émotions, l'engin a démarré au quart de tour et nous avons filé sur le bitume dans un grondement de moteur digne d'une F1, sur la route de Bagdad. Une fois sortie de la ville, nous avons longé des no man's lands et des zone industrielles dignes des soviétiques, la poussière voltigeait devant nous dès qu'un camion nous précédait, puis plus rien... nous étions entrés dans le désert. A la manière de Raoul Duke et de son avocat véreux mais sans les substances hallucinogènes nous foncions dans le désert en laissant un nuage de poussière derrière nous. Nous avions comme seuls compagnons, les poteaux électriques qui longeaient la route et qui semblaient aller dans la même direction que nous. A notre gauche une chaîne de montagne, vide de toute végétation, nous dominant hautainement et à notre droite la plaine qui s'étendait jusqu'à l'horizon, jusqu'à l'Irak. A certains moments, une usine de ciment apparaissait, souvent reconnaissables de loin aux nuages de poussière et de fumée qui les entouraient. Mais après quelques kilomètres, les poteaux électriques ont abandonné, la radio a arrête de capter et nous avons continué seuls, avec en face de nous et dans le rétroviseur une route droite, solitaire, allant jusqu'à l'horizon et paraissant être sans fin.

Le paysage était très similaire à celui de l'ouest américain, l'asphalte blanc et les lignes jaunes qui délimitaient la route sortaient tout droit d'un road movie, et pour couronner le tout, divers « Bagdad Cafés » s'étaient installés, surement un clin d'œil au film éponyme dédié à la route 66. Dans le pays de Laurence d'Arabie, nous trouvions finalement une autre référence cinématographique.

La solitude, l'absence de tout obstacle, la ligne droite et l'envie d'un vent rafraichissant nous poussait à de plus en plus appuyer sur la pédale de l'accélérateur et ainsi atteindre des vitesses folles, grisantes, excitantes, cette route avait été construite par le malin, pour que l'être humain apprécie son entrée dans ce monde brulant, dans cet enfer naturel. Bien heureusement notre amie 205 ne pût nous offrir ce plaisir, et tranquillement nous continuâmes notre chemin. Puis nous avons commencé à croiser des bédouins, avec des moutons ou conduisant des camions. Quelques tentes étaient dispersées non loin de la route et par moment une femme en djellaba sortait pour prendre l'air ou pour réaliser quelques tâches domestiques. Nous étions donc proche de notre destination.

Au passage d'un col nous avons enfin vu l'oasis qui nous attendait, ce n'était pas un mirage, les palmiers et les différents arbres étaient bien réels. Après avoir traversé les ruines, sur la voie royale entourée de colonnes et de temples, nous sommes entrés dans la ville «moderne».

Il y avait beaucoup plus de chambres dans la ville que de touristes, les commerçants étaient en guerre, des alliances et des clans s'étaient formés pour optimiser l'utilisation du touriste, leurs outils de guerre étant le charme, des fantassins à peine pubères et polyglottes, et des stratégies d'offensive très élaborées. Nous n'avons pas manqué à cela et en avons profité pour négocier fortement le prix de notre logement.

La Palmyre est une ville au milieu de nul part vivant majoritairement du tourisme que lui procure les ruines romaines dispersées tout autour de la cité. Une balade à pied dans la ville en dehors des lieux touristiques permet de découvrir autre chose. Les bédouins se sont modernisés, et il n'est pas rare de croiser des motos affrétées comme des chameaux avec des scelles faites de tapis. Puis au détour d'une rue vous restez scotchés car en face de vous se dessine une montagne, qui ressemble plus à un volcan avec à son sommet une ancienne forteresse. La couleur de la citadelle étant ocre/sable comme la montagne, elle semble avoir été taillée directement dans la roche, une icône statufiée ou un château de sable oublié par un gamin géant. Le contraste entre les sables des flancs et la dureté des parois de l'édifice est difficile à expliquer, nous pourrions presque imaginer que la forteresse glissera vers le bas dans quelques années à cause de son poids et de ses fondations faites de sable.

Yann ou Alexis, nous ne savons plus et cela n'a que peu d'importance, a eu la brillante idée de partir chercher quelques bières dans une des échoppes de la rue principale. Nous avions besoin d'accompagnatrices pour apprécier le coucher de soleil au sommet du mont de la citadelle. Nous savions pertinemment que ces dernières gorgées de ce liquide amer et pétillant seraient les dernières avant bien longtemps. Comme deux étrangers, perdus dans un lieu qui les dépasse, nous nous sommes retrouvés entourés de couples en goguette, de personnes âgées en voyage organisé et de divers marchands d'artisanat local bédouin. Avec nos bières et nos accoutrements de baroudeurs de l'extrême nous faisions tâche dans cette carte postale du tourisme de masse. Alexis, souhaita quand même s'intégrer et adopta une attitude, plus que réussie, de touriste moyen, de bof mais sans le bob.

Quelques heures plus tard, assis à table, Alexis aux toilettes, le restaurateur nous ramena un de nos confrères voyageurs, de nationalité belge, et très sympathique au demeurant. Le plat typique de la gastronomie bédouine nous fut servi très rapidement. Yann se précipita pour soulever la cloche, et nous découvrîmes du riz safrané et du poulet aux cacahouètes. Rien de transcendant, encore des féculents, l'allergie au gluten n'est plus très loin.

La Palmyre a été la destination la moins intéressante de notre voyage en Syrie. La ville ne vit que du tourisme et le fait assez rapidement ressentir aux voyageurs qui ont le courage de s'arrêter. Les enfants, même très jeunes, travaillent sur les lieux touristiques en essayant de vendre des cartes postales ou des petits colliers, et leurs parents tels des chefs aigris les traitent comme des moins que rien. Les bédouins se sont transformés en pastiches et ne garde leurs statuts que pour mieux attirer les touristes. Le lieu n'a plus d'âme, il y a eu un vrai fossé entre la vieille cité de la Palmyre et la nouvelle station touristique qui s'est construite après la découverte de l'ancienne. Si vous aimez les ruines romaines le lieu n'est à ne pas manquer, mais s'il vous plaît partez vite après votre visite, et retournez dans une ville où les gens vivent normalement, et ont d'autres intérêts que le tourisme.

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Published by yann&Alex - dans Moyen Orient
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